Georg Groddeck (13 octobre 1866 à Bad Kösen an der Saale en Allemagne - 11 juin 1934 à Zürich) --------------------------------------------------------------------------------------------
Médecin, psychanalyste allemand, il fut directeur d'un sanatorium à Baden-Baden (Forêt-Noire). Considéré - par Freud lui-même - comme le précurseur de la psychosomatique, il utilisait déjà en tant que médecin : la diététique, l'hydrothérapie, les massages, ainsi qu'une technique de psychothérapie basée sur la suggestion. Il s'initia véritablement à la psychanalyse vers 1910, découvrant le travail de Freud suite à une crise existentielle. Achevant son autoanalyse en 1919, il se qualifiait lui-même de "psychanalyste sauvage". On attribue à Groddeck l'invention du terme "ça" (das Es), mais il s'inspire de cette notion déjà présente dans les écrits de Nietzsche qu'il admirait. Pour Groddeck, le ça représente "une puissance" qui gouverne l'homme, et qui est à l'origine de toutes les maladies, psychiques ou organiques. Ces dernières sont une création du ça, et s'inscrivent dans une perturbation simultanée du "corps" et de l'âme", indistinctement. Selon lui, toute maladie a un sens symbolique codé par le ça, qui peut être interprété selon le modèle théorique de l'interprétation des rêves développé par Freud. La maladie a également une utilité, car elle évite des "maux" bien plus graves (cette conception se rapproche de la notion de "points de fixations somatiques" développée ultérieurement par l'école de Paris - Pierre Marty).
Freud appréciait l'homme, mais lui reprochait son manque de rigueur scientifique, considérant que "pour l'élaboration d'une idée il n'est pas l'homme qu'il faut." (Lettre de Freud à Ferenczi du 1er décembre 1925). Malgré les divergences théoriques qui divisèrent de plus en plus Freud et Groddeck, celui-ci fut le premier à considérer la psychanalyse comme une méthode capable de traiter toutes les affections somatiques.
Quelques dates :
1916 - 1919 : Groddeck présente aux patients soignés dans son établissement, 115 conférences devenues célèbres et publiées sous le titre :" Conférences psychanalytiques à l'usage des malades prononcées au sanatorium de Baden-Baden" - Editions Champ libre
1920 : première rencontre avec Freud lors du congrès de psychanalyse de La Haye. Il devint également membre de la Société psychanalytique allemande (Berlin).
1921 : première rencontre avec Ferenczi, ce dernier venant à son sanatorium pour une cure. Il devint par la suite l'un de ses amis les plus proches jusqu'à sa mort.
Principales publications :
1917 : "La Maladie, l'Art et le Symbole" - Gallimard
1921 : "Le chercheur d'âme, roman psychanalytique" - cette fiction humoristique fut sévèrement critiquée, considérée par certains comme étant indigne d'une maison d'édition, voire pornographique. Freud en revanche, jugea ce travail excellent.
1923 : "Le livre du ça" - Gallimard
1933 : "L'être humain comme symbole ; considérations sans prétention sur le langage et l'art"
Notons par ailleurs ses nombreuses correspondances avec Freud et Ferenczi qui ont été publiées :
- Correspondance Freud-Groddeck 1917-1934 - Ça et Moi - Gallimard
- Correspondance Ferenczi-Groddeck : 1921-1933 - Payot
(La plupart des lettres de Groddeck n'ayant pas été conservées, l'ouvrage se compose essentiellement de celles de Ferenczi).
Il a dit :
"Le sens de la vie personnelle est de retourner à l'enfance, ou plutôt de faire apparaître à nouveau l'enfant qui jamais n'a disparu." La maladie, l'art et le symbole
"Le désir refoulé se manifeste dans la maladie." [...] "C'est le ça qui décide si les os vont se casser lorsque vous tombez." Le livre du ça
"Le ça qui se trouve mystérieusement en rapport avec la sexualité, Eros, ou quel que soit le terme dont vous le désignez, modèle le nez, la main, les pensées et les émotions. Il peut se manifester sous forme de pneumonie ou de cancer, de névrose obsessionnelle ou d'hystérie." Lettre de Groddeck à Freud du 27 mai 1917
"On ne doit pas accorder trop de valeur à l'exactitude de la science. Des expériences qui étaient absolument probantes il y a cent ans sont maintenant écartées comme trompeuses, et dans cent ans on dira peut-être à nouveau : non, les vieilles étaient justes, les nouvelles sont fausses. Ça change comme la mode." Conférences psychanalytiques à l'usage des malades - 49ème conférence - 1917 - Editions Champ Libre
On a dit... à propos de Groddeck :
"J'aime vraiment bien cet homme fou et intelligent, malgré certaines nuances dangereuses. Peut-être au fond, n'est-il tout de même pas des nôtres, mais : "De tous les esprits négateurs
Le farceur est celui qui me pèse le moins."
Lettre de Freud à Ferenczi du 14 août 1925, citant Goethe ("Faust" )
"Pour la théorie, nos discriminations fines sont trop compliquées pour lui ; cela est dû au fait qu'il est venu à la psychanalyse par le côté organique, et non par les névroses." Lettre de Ferenczi à Freud du 16 septembre 1925
"Par télégramme je lui ai dit que mon Moi et mon ça envoient leurs souhaits de bonheur à son ça et espèrent qu'il plaira à ses voies impénétrables de lui accorder une vie longue et heureuse ; sur ce, il m'a répondu, cordialement mais sans aucun humour." Lettre de Freud à Ferenczi du 23 octobre 1926 (au sujet de l'anniversaire de Groddeck)
"Ces derniers temps il commet beaucoup trop de farces et d'absurdités ; le ça lui est monté à la tête." Lettre de Freud à Ferenczi du 25 mars 1927