René Arpad Spitz
(29 janvier 1887 à Vienne - 14 septembre 1974 à Denver - Colorado)
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Médecin, psychiatre, psychanalyste d'origine hongroise, il fut l'un des précurseurs de l'investigation psychanalytique "scientifique et expérimentale", en procédant à des tests et des observations directes de nourrissons et de jeunes enfants de 0 à 2 ans, hospitalisés dans diverses institutions. Il apporta un éclairage psychanalytique sur certains troubles psychotoxiques (colique des 3 mois, asthme, eczéma infantile, coprophagie) résultant d'une relation défaillante de la dyade mère-enfant. Il identifia également les conséquences que peuvent avoir des carences affectives précoces résultant d'une absence de soins maternels, en introduisant les notions de dépression anaclitique et d'hospitalisme.
Par ailleurs, ses observations le conduiront à définir trois stades marquant l'évolution de la relation objectale de la première enfance. Ces étapes peuvent être repérées par deux indicateurs appelés points organisateurs. (cf. tableau ci-dessous)

Les travaux de Spitz ont permis de mettre en lien la qualité de la relation mère-enfant avec certains processus de somatisation. Les données cliniques actuelles semblent confirmer la pertinence des points organisateurs du psychisme, notamment au travers de certaines pathologies de type allergique.

Pour en savoir plus :
u Cf. article : "Allergie et relation d'objet allergique"

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La dépression anaclitique : Anaclitique provient du grec ana-klinein (s'appuyer sur). Spitz reprend ici le concept freudien "d'étayage", qui consiste pour le nourrisson à "s'appuyer" sur un bon objet pour pouvoir se développer (l'objet anaclitique étant la mère). Ce syndrome implique que le nourrisson (jusqu'à l'âge de 6 mois au moins) a eu de bonnes relations avec sa mère, celle-ci lui ayant prodigué les soins dont il avait besoin. La dépression anaclitique résulte donc d'une carence affective partielle. Parmi les cas étudiés par Spitz, et pour des raisons extérieures (sociales, administratives) la mère n'est plus en mesure de s'occuper de son bébé et doit le placer en institution. Le syndrome évolue progressivement lorsque l'enfant est séparé de sa mère pendant 3 mois consécutifs :

1er mois : l'enfant devient exigeant et pleurnicheur + arrêt du quotient de développement
2eme mois : les pleurs font place à des gémissements plaintifs + perte de poids + reste couché à plat ventre (signe pathognomonique) + retard moteur
3eme mois : l'enfant refuse tout contact en détournant la tête + perte de poids continue + insomnies + début de rigidité faciale.

Au-delà de trois mois, l'enfant adopte une rigidité faciale, avec un retard moteur qui évolue vers la léthargie, un quotient de développement qui décroît. Il présente des risques accrus d'affection des voies respiratoires.

Ce syndrome est néanmoins réversible, car si la mère revient au cours de cette période (qui ne doit pas excéder 5 mois consécutifs de séparation), l'enfant reprend un développement normal. Toutefois, cela n'exclut pas, selon Spitz, l'existence de traces traumatiques susceptibles d'apparaître plus tardivement. On peut sur ce point s'interroger sur les liens anamnestiques existants entre la dépression anaclitique de Spitz et la dépression essentielle de l'adulte, introduite ultérieurement par Pierre Marty.

L'hospitalisme  : Il s'agit d'une carence affective totale, et en principe irréversible, lorsque l'enfant est séparé de sa mère et de toute relation affective pendant plus de 5 mois consécutifs. Spitz a observé 91 nourrissons placés dans un hospice d'enfants abandonnés. Chaque nourrisson a été préalablement nourri au sein pendant ses 3 premiers mois (soit par sa mère soit par une nourrice), puis placé en institution à l'âge de 3 mois, se trouvant totalement privé de sa mère. Dans l'établissement, les soins corporels furent correctement assurés par une infirmière (alimentation, hygiène, soins médicaux, etc.). Malgré la qualité des soins, il s'avéra que les enfants ne recevaient qu'un dixième des provisions affectives normalement dispensées par la mère, faute d'effectifs en personnel pour leur consacrer plus de temps.

La dépression anaclitique peut donc, elle aussi, évoluer vers l'hospitalisme lorsque la séparation d'avec la mère dépasse 5 mois consécutifs. Si cette période se prolonge, la détérioration est générale, conduisant au marasme et à la mort.

Spitz rapprochera le syndrome de carence affective de la notion de stress, faisant un parallèle avec le Syndrome d'Adaptation Général (SGA) (décrit par Hans Selye pour la première fois en 1936 comme étant un "syndrome produit par divers agents nocifs"). Ce dernier se déroule en trois phases : réaction d'alarme, phase de résistance (lutte pour l'adaptation), phase d'épuisement (si échec de l'adaptation).

Une telle comparaison reste toutefois limitée à la description de certains processus physiologiques du SGA à partir d'un facteur "déclenchant" (appelé stresseur). Mais cette description ne permet pas pour autant d'appréhender tous les facteurs étiologiques en jeu et d'en comprendre leur dynamique.

Pour en savoir plus sur les facteurs étiologiques :
u "Les causes de la maladie"

Pour en savoir plus sur le stress et le SGA :
u "Le stress et le Syndrome Général d'Adaptation" (animation flash)
u "Le stress : ça veut dire quoi ?" (Questions-Réponses)

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Les 3 stades de la relation objectale
(et les 2 points organisateurs)
- de René A. Spitz -
Stade
Période
Caractéristique
1 - Stade préobjectal
0 à 3 mois
Non différenciation entre l’enfant et sa mère (pour l’enfant, son corps et l’environnement externe ne sont pas séparés de lui
2 - Stade du «précurseur»
de l’objet
(1er point organisateur)
3 à 8 mois
Ébauche de relation à l’objet.

Signe normal : le sourire

3 - Objet libidinal
(2ème point organisateur)
A partir de
8-9mois
L’enfant différencie le visage de sa mère de celui d’un étranger.

Signe normal : Peur devant un visage étranger
Pour en savoir plus :
u Cf. article : "Allergie et relation d'objet allergique"

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Quelques dates :

1919 : Premier psychanalyste à faire une analyse didactique avec Freud (sur les conseils de Sandor Ferenczi dont Spitz fut également l'élève).

1932 - 1938 : S'installe à Paris et enseigne la psychanalyse à l'Ecole normale supérieure.

1939 : Émigre aux Etats-Unis, et travaille en tant que psychiatre à l'hôpital du Mont Sinaï, à New York.

1962-1963 : Président de la Société Psychanalytique de Denver

Principales publications :

1957 : "Le Non et le Oui, la Genèse de la communication humaine" -  PUF

1965 : "De la naissance à la parole - La première année de la vie" - PUF

1979 : "L'embryologie du Moi. Une théorie du champ pour la psychanalyse" - PUF

Il a dit...

"Il est hautement probable qu'un désordre psychogène de la première enfance crée une prédisposition à un développement pathologique ultérieur."
De la naissance à la parole - 1965 - PUF

"Priver un enfant de l'affect de déplaisir pendant la première année lui est aussi nuisible que le priver d'affect de plaisir [...] Le bien-être de l'enfant demande la frustration. [...]. Lorsque je parle de frustration, je ne recommande pas de battre les enfants. Je me réfère aux frustrations que l'on trouve naturellement sur son chemin lorsqu'on élève un enfant et qui ne peuvent lui être épargnées que par une indulgence déraisonnable."
De la naissance à la parole - 1965 - PUF

On a dit... à propos de Spitz :

"Lorsqu'il décrit la personnalité du nourrisson à la période préverbale, Spitz s'oppose à tous les auteurs analytiques qui prétendent trouver chez le nourrisson, très tôt après la naissance, une vie mentale compliquée dans laquelle des fantasmes, des conflits entre les instincts opposés, les sentiments de culpabilité, des tendances à la réparation pourraient jouer un rôle ."
Anna Freud - Préface de "De la naissance à la parole" - 1965 - PUF
(Anna Freud fait référence au mouvement psychanalytique de Mélanie Klein)


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